A côté de certaines compositions profanes qui composent la majeure partie de l’œuvre de Vivaldi, on peut s’étonner de ne trouver qu’une cinquantaine d’œuvres religieuses. Ce n’est pas que Vivaldi - prêtre dispensé de la Messe – n’ait été un chrétien pieux et dévoué. C’est qu’il avait été désigné pour d’autres tâches : l’enseignement du violon et de la composition instrumentale. A ces fonctions, il ajoutait celles de violoniste virtuose, de chef d’orchestre, d’impresario et compositeur d’opéras, et même d’acheteur d’instruments. Les compositions destinées au culte étaient réservées au Maestro di Coro. C’est seulement en cas de vacance de ce poste que Vivaldi fut chargé de produire les œuvres nécessaires aux célébrations festives de l’église de la Piéta. Tel fut le cas entre 1713 et 1719. Le Gloria RV 589 date de cette période (vers 1715). C’est une œuvre tout en contrastes et d’une grande beauté. Elle comprend douze mouvements, très variés par le style, l’écriture et la tonalité.
-Gloria (Chœur)
-Et in terra pax (Chœur)
-Laudamus te (Sopranos 1 et 2)
-Gratias agimus tibi (Chœur)
-Propter magnam gloriam tuam (Choeur)
-Domine Deus (Soprano 1, hautbois)
-Domine fili unigenite (Chœur)
-Domine Deus, agnus Dei (Contralto, Chœur)
-Qui tollis (Chœur)
-Qui sedes (Contralto)
-Quoniam tu solus sanctus (Chœur)
-Cum sancto spiritu (Chœur)
Gloire à Dieu au plus haut des cieux
et paix sur la terre aux hommes qu’il aime
Nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons,…
Nous te rendons grâce
pour ton immense gloire
Seigneur Dieu, Roi du ciel, Dieu le Père tout puissant
Seigneur, Fils unique, Jésus-Christ
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le Fils du Père
Toi qui enlèves le péché du monde
Toi qui es assis à la droite du Père
Car toi seul est saint, toi seul est Seigneur
avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.
Au brillant mouvement initial (Gloria in excelsis Deo) en ré majeur, succède un et in terra pax en si mineur d’une harmonie particulièrement complexe, aux accents élégiaques et même tragiques. D’un déroulement lent et inexorable, il souligne d’une dissonance douloureuse chaque appel à la paix. Les deux chœurs des mouvements 4 et 5 s’enchaînent en un puissant contraste : une phase lente, de style palestrinien (Gratias agimus tibi) introduit un passage à la fois rythmé, « tournoyant » et grandiose, en mi mineur (propter magnam gloriam). Vient ensuite une aria tendre et recueillie, au rythme de sicilienne (Domine Deus) : c’est un largo en do majeur, d’une grande simplicité, dans lequel le hautbois dialogue merveilleusement avec la première Soprano. Un chœur populaire, en fa majeur, à la contagieuse allégresse, célèbre le Christ, Fils unique du Père (Domine Fili unigenite). Lui succède un dialogue douloureux entre l’Alto et le Chœur (Domine Deus, Agnus Dei) : un adagio en ré mineur, implorant miséricorde pour les péchés du monde. Le mouvement suivant (Qui tollis), confié au Chœur, conclut déjà plus sereinement, en mi mineur/majeur, cette supplication. Le qui sedes ad dexteram, réservé à l’Alto, est une sorte de gigue, en si mineur, d’une charmante élégance. On retrouve pour le quoniam tu solus sanctus, un abrégé quasi simpliste, les accents – et la présence de trompette – du mouvement initial, réaffirmant la claironnante tonalité de ré majeur.
C’est aussi celle du dernier mouvement Cum Sancto Spiritu, une fugue d’une grande complexité, inspirée d’un mouvement similaire d’un compositeur de Vérone, G.M.Ruggieri. Vivaldi en donne une version plus concise et plus enlevée, le Chœur étant, en finale, vigoureusement accompagné à la Trompette.