Le 4 juillet 1743, Haendel se met à la composition de son fameux Te Deum, commandé afin de célébrer la bataille de Dettingen (Bavière), qui se déroula le 27 juin 1743 pendant la guerre de Succession d’Autriche et se clôtura par la victoire de l’armée alliée (Britanniques, Hanovriens et Autrichiens) conduite par le roi Georges II sur les troupes françaises menées par les ducs de Gramont et de Noailles. Dans une lettre du 28 juillet suivant, John Christopher Smith, son assistant, informe le comte de Shaftesbury que son maître « est maintenant sur un nouveau grand Te Deum et Jubilate, à jouer quand le Roi rentrera d’Allemagne (mais il garde cela en grand secret et je n’en parlerai à personne d’autre qu’à Votre Seigneurie) et, d’après le papier que je lui ai fourni, je suppose qu’il doit l’avoir presque terminé. C’est, je pense, parfaitement bien vu d’agréer et d’obliger la cour et la ville par une composition et une exécution aussi grandioses. ». Le Jubilate mentionné est finalement remplacé deux jours plus tard par l’anthem The King shall rejoice HWV265.
Le Te Deum et l’anthem sont solennellement créés en présence du Roi lors du service matinal du 27 novembre 1743, cinq mois jour pour jour après la bataille de Dettingen, dans la chapelle royale de St. James. A l’occasion des répétitions qui précédèrent à la Whitehall Chapel, un journaliste nota que les deux œuvres furent jugées « vraiment magistrales et sublimes, aussi bien que neuves dans leur genre, qu’elles prouvent que ce grand génie est non seulement inépuisable, mais semble encore briller à un degré supérieur de perfection » (19 novembre 1743). Mrs Delany, amie fidèle et admiratrice de Haendel, trouva que c’était « excessivement joli » : « J’étais absolument enchantée. Tout le monde dit que c’est sa plus belle composition; moi, je ne la connais pas encore assez pour le dire, mais c’est divin. » La marquise Jemima Grey estima au contraire que la musique était « infiniment forte et pas agréable ». Il est vrai que le Te Deum, par sa splendeur qui détonne de l’économie de moyens et de l’immédiateté expressive haendéliennes, dut faire trembler les murs de la minuscule chapelle.
Le Te Deum est une hymne chrétienne à la gloire du Seigneur, qui tire son titre de l’abréviation de l’expression latine Te Deum laudamus (Dieu, nous te louons). Comme il eut l’occasion de le faire par le passé, notamment pour son oratorio Israel in Egypt (1739), et probablement pris par le temps, Haendel incorpore à sa partition avec une certaine liberté des extraits du Te Deum (1680) composé par un moine franciscain milanais peu connu, Francesco Antonio Urio (1650-1719), dont il possédait une copie manuscrite probablement acquise lors de son séjour romain auprès du cardinal Pietro Ottoboni.
Le Dettingen Te Deum comprend dix-huit sections prédominées par les pages chorales, à l’exception des «Thou art the King of Glory» et «When thou tookest upon thee», originellement composées pour deux basses particulièrement appréciés à l’époque, John Abbot et Bernard Gates, tous deux nommés dans le manuscrit autographe de Haendel. Les cuivres et les timbales règnent sur l’orchestration et confèrent à l’ensemble une allure martiale et grandiloquente évidemment de circonstance, flagrante dans l’introduction instrumentale, « tambour de guerre qui bondit entre deux notes et se pavane avec aplomb ». L’écriture tant vocale qu’instrumentale témoigne de la maestria du compositeur et présente un profil varié, entre homophonie, imitation et alternance quasi responsoriale. La palette expressive revêt une pareille diversité : retenue, méditation et apaisement, surtout dans les soli, côtoient majesté, exubérance et élans des plus roboratifs.